Exposition : Le Gazibou

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Dans le cadre de la semaine culturelle « On est toujours l’étranger de quelqu’un », le lycée a le plaisir d’accueillir l’exposition Le Gazibou, linogravures de Fanny Pinel, autour d’un conte symbolique de Muriel Mobengo.

L’exposition est visible pour les élèves et le personnel à la bibliothèque des professeurs (CDI) jusqu’au mercredi 18 novembre. L’artiste intervient auprès de 3 classes mardi 10 novembre.
NAISSANCE DU GAZIBOU
Par Murielle MOBENGO – Poétesse et ConteusePalabre interrogative et imagée sur la subtilité de nos Irrégularités identitaires, sources probables et insoupçonnées de Talents…

“Le Gazibou” conte les affres poétiques d’une Gazelle dans son urbaine jungle se prenant pour un Caribou (à moins qu’elle ne soit Zèbre sans rayures ou Licorne…).  Le Gazibou est né dans la caboche de Murielle Mobengo, Conteuse, Philosophe, Poétesse de l’Oralité et ex-orpheline, en proie à un terrible doute sur son identité, sur sa légimité d’être…trente-six ans après qu’on lui ait donné un nom.

Comment être lorsqu’on est un tissu de sois unifié? Évidemment, être Franco-Congolaise est déjà le lieu d’un métissage culturel où l’on tente de devenir un en étant deux, mais que se passe t-il lorsque la part congolaise porte en elle une part Sénégalaise et que la part française porte une part de praline Belge? Rocambolesque  quatre-en-un que vient révéler la perte de nos racines génératrices: sommes-nous encore quand nos parents ne sont plus? Rocambolesque mise en abîme  source-problème d’une Singularité toujours lourde de Sens pour chacun d’entre nous, peu importe son histoire: en effet, sous les patronymes de géniteurs et  d’anté-génitrices multiples nous recouvrant, sous les géographies qui nous habitent,  qui sommes-nous vraiment?  Le Gazibou est une allégorie de la Différence vécue comme bizarrerie exotique alors qu’elle ne saurait être autre chose qu’une Extraodinaire et Vaste Zone Talentueuse.
Ayant eu la grande chance d’observer des animaux en pleine nature Pygmée dans l’enfance, sur le dos d’un papa plus photographe que chasseur, c’est tout naturellement que la Conteuse choisit les Soleils de l’Afrique pour débuter le périple initiatique de cet animal prodigieusement phénoménal et se sentant pourtant bancal, trop bancal.
En digne fille du Soleil amoureuse du Québec (beaucoup plus que de ses grands froids), c’est tout naturellement aussi qu’elle l’y installe, symbolisant ainsi en chacun de nous et avec l’autre, le mouvement amoureux des contraires qui s’attirent si fortement qu’ils se repoussent et vice-versa.  Différence exposée, originalité et sensibilité que l’on dit souvent exacerbées, talent révélé, mais aussi tout particulièrement, douances ne devant plus être dissimulées, le Gazibou est un Conte sur nos identités flottantes, merveilleusement imagé en gravure sur linoléum par Fanny Piñel. Oui, se graver pour parler de nos impermanences. Encore une fois, une chose s’unifiant en son contraire. Une obsession philosophique de conteuse-poétesse, notre obsession secrète à tous, berceau du voilement-dévoilement de notre Être Véritable.Par Fanny PIÑEL – Graveuse et Illustratrice

Fixer le flou, le mouvant, ce qui interroge. Voilà un beau défi avec les illustrations du Gazibou : chercher une chose et son contraire, ou dans son contraire.  Autre défi encore que celui de se lancer dans l’illustration du texte de quelqu’un d’autre. C’est ma première fois.
Dans ce conte, j’ai d’abord été touchée par les mots de l’ « a-normalité » : qui est-il cet animal ? Lui-même ne le sait pas, les autres non plus. Pas de case adaptée pour l’y enfermer. Il s’échappe. J’ai tout de suite aimé la symbolique de l’intrus, de ce qui dérange et du rapport aux autres qui se construit autour de ça, tellement présent dans nos vies au quotidien. Émue également d’y trouver la valorisation de tous et toutes : s’aimer soi-même et grandir en étant persuadé que l’on vaut quelque chose et qu’on a le droit d’être ce que l’on a envie d’être.

En  creux, subtilement, Murielle donne du sens mais laisse aussi à chacun-e le loisir de sa propre lecture. Magie d’un texte qui laisse la place à l’autre….
Et c’est donc en creux que j’ai choisi de graver ce parcours difficile et merveilleux à la fois, dans le linoléum, matière douce et dure en même temps. Contraires.

Dessiner puis graver, sans savoir exactement ce que va donner la plaque entamée lors de l’impression. Magie du conte et de la gravure réunis. Engagement physique obstiné du geste de la graveuse : j’ai éprouvé à ma manière le parcours initiatique amené par le conte. Les gouges cherchent le chemin qui mène quelque part. Mais où ?

Il fallait que je grave l’insaisissable. J’ai donc choisi de ne jamais représenter Le Gazibou en entier jusqu’à la dernière image. Des bouts, des énigmes, des indices, aussitôt contredits par d’autres, évoluant dans des paysages imaginaires mais bien encrés aussi dans les décors réels qu’a pu traverser l’autrice à un moment de sa vie ; à la rencontre de personnages hauts en couleurs qui font grandir notre Gazibou. Ma traduction de l’univers tout en paroles de Murielle Mobengo s’est faite à travers le choix du noir et blanc dont j’aime la force et la simplicité, bien complémentaire avec ce texte riche de sons, d’odeurs et de couleurs.

Je me suis appliquée à donner à ces mots, l’apparence et le sens que j’y trouvais, en espérant que ça ne donne rien de définitif pour le lecteur, qu’il puisse y nicher ses propres représentations, ses propres questionnements. Que chacun et chacune puisse s’imaginer son propre Gazibou. Jusqu’à l’image finale, où se révèle enfin celui que nous avons rêvé, Murielle et moi.